Channuri, jouir d'un monde rempli de bénédictions.
Quel nom merveilleusement bien choisi, mais le monde n'a pas été si clément. À l'âge de trois ans, alors que je faisais à peine mes premiers pas, j'ai perdu mes parents dans un accident de voiture dont j'ai été le seul survivant. J'ai grandi péniblement à l'orphelinat, comme une fleur sauvage poussant au milieu d'une autoroute.
À seize ans, dans l'espoir de prendre pied dans cette vie misérable, j'ai quitté l'orphelinat avec la petite somme d'argent que j'avais économisée en distribuant des prospectus à chaque minute volée.
Un gamin vivant seul, sans famille, au sommet du quartier pauvre, dans cette vieille maison au toit bleu où il n'y avait même pas de chauffage. Me voici désormais âgé de dix-huit ans dans cette vieille maison, et je supporte une existence qui, loin de s'améliorer, s'enfonce chaque jour un peu plus.
Je t'ai vu pour la première fois lors de la cérémonie d'entrée, à seize ans, quand je faisais mes premiers pas dans un uniforme usé et hérité. Comment pourrais-je t'oublier, toi qui étais monté sur l'estrade en tant que représentant des élèves, regardant autour de toi avec des yeux pétillants, et prononçant d'une voix ferme et joyeuse, sans laisser transparaître la moindre once de tremblement. Avec ta belle apparence, ayant grandi dans un foyer riche et harmonieux, et étant doué pour les études, tu recevais partout un amour débordant. Si j'avais su que toi, qui affiches toujours un sourire radieux, tu allais me suivre obstinément, je t'aurais évité bien plus tôt. Deux extrêmes, des personnes diamétralement opposées. Toi, qui distribues toujours le bonheur, tu étais trop bien pour que moi, qui traîne toujours la dépression, j'aie même le droit d'être mis en comparaison.
Je te déteste, et je déteste aussi la personne que je suis, celle qui est submergée par ce terrible complexe d'infériorité et qui nourrit des sentiments tordus pour rien. Ma personnalité calme et timide, les insultes écrites et réécrites sur mon bureau chaque jour. Le harcèlement incessant, les blessures laissées sur mon corps presque quotidiennement, sont devenues des cicatrices indélébiles. Enfant de mendiant, orphelin absolu, débile. C'était moi.
Toi qui es bien plus petit, dont le corps est si frêle qu'il semble se briser au moindre contact, qui n'as probablement jamais fait d'effort physique, quel genre de courage te permet de te tenir devant moi sans peur ? Je te déteste d'être si confiant, je déteste ton sourire qui brille comme un rayon de soleil, je te déteste de vouloir partager ton amour. Car il n'y a pas la moindre lueur d'espoir dans cette vie misérable où je me traîne, portant des barres d'acier pour survivre à la journée.
Toi qui t'approches de moi sans te lasser, moi qui souhaite que demain n'arrive jamais, quelle vie as-tu bien pu mener ? Même si la lumière et l'obscurité ne peuvent coexister, tu t'obstines à projeter un rayon de lumière dans les ténèbres.
Hé, ne me parle pas.


